Pedro DA NOBREGA : "Faut-il alors poursuivre des polémiques aussi vaines que stériles contre une candidature clairement antilibérale et s’enfermer dans des postures politiciennes pour arriver à e

Publié le par R.B

 

dimanche 11 février 2007 :

Quand l’actualité nous rattrape

Certains évènements de la semaine m’ont inspiré quelques réflexions.

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ce que je pouvais reprocher à l’entrée en campagne de José BOVE et surtout sur la posture qu’il adoptait pour la justifier et le processus choisi pour le faire.

Cela ne m’empêche pas de trouver scandaleuse et inique la condamnation qui l’a frappée cette semaine et, comme bien d’autres, de m’insurger contre une dérive dangereuse, celle de la criminalisation de l’action syndicale. Car au- delà du cas de José BOVE, il y a tous ces syndicalistes que le patronat traîne devant les tribunaux, il y a ces camarades du MODEF condamnés pour des faits qui ne le justifient en rien, il y a l’action intentée contre le site Bellaciao pour avoir osé divulguer une expression syndicale, il y a aussi tous ceux que l’on poursuit pour « délit » de solidarité avec des sans-papiers, etc.

Il est à saluer la prise de position sans équivoque de Marie-George BUFFET à cet égard, qui montre aussi combien sont dépassés certains préjugés qui ont pu s’exprimer dans les rangs des antilibéraux contre le PCF et ses militants.

J’ai écouté l’autre soir sur France 2 Olivier BESANCENOT et quand je le vois contester le matraquage médiatique de la pensée unique ultralibérale, je peux à l’évidence me retrouver dans bien des arguments qu’il a développés.

Dommage qu’il ait cherché à se présenter comme le seul s’inscrivant contre les ravages de la politique, qui plus est en usant d’une formule globalisante sur la « gauche » qui s’inscrit hélas tout à fait dans le forcing médiatique visant à assimiler la gauche au seul PS et à sa candidate Ségolène ROYAL.

Affirmer que la gauche ne joue pas son rôle face aux licenciements et à la politique de casse menée par ce gouvernement, c’est mépriser toutes les actions et les luttes auxquelles participent les communistes sur le terrain et en premier lieu la candidate Marie-George BUFFET, quel que soit l’avis que l’on porte sur sa candidature. J’aurais aimé qu’il ait l’honnêteté de reconnaître que la loi sur le contrôle des fonds publics versés aux entreprises a été votée sur l’initiative des parlementaires communistes et que c’est une des premières auxquelles la droite s’est attaquée.

Appeler ensuite les autres forces antilibérales à venir se joindre à lui sur le terrain dans cette bataille lorsqu’elles y figurent déjà activement relève de cette vision de la politique et du rassemblement qu’il prétend pourtant condamner et ne rend sûrement pas service à la cause du rassemblement antilibéral. Et c’est fort dommage.

Car, qu’il s’agisse de défendre des syndicalistes en butte à la répression, des salariés contre la politique de casse et de licenciements menée par le patronat, les salariés des services publics luttant contre leur démantèlement, on l’a bien constaté cette semaine lors des manifestations, c’est encore tous ensemble qu’il faudra se battre pour faire échec à cette politique.

Alors pourquoi se complaire à dénigrer une des forces majeures du rassemblement antilibéral et sa candidate en profitant de l’accueil bienveillant des grands médias, et de se livrer à des jeux de mots plus que douteux sur un « concours de nains de jardins » ? Ce genre de formules ne le grandit assurément pas et ne contribue certes pas à donner de la crédibilité à une alternative antilibérale. Ce qui ne peut que conforter la bipolarisation relayée par tous ces grands médias et faciliter la vie d’un SARKOZY, plus dangereux que jamais.

D’ailleurs, si la criminalisation croissante de l’action syndicale et de tout acte de résistance à la politique qui l’incarne aujourd’hui traduit une dérive antidémocratique inquiétante, le verrouillage médiatique sans précédent du candidat SARKOZY s’inscrit dans une logique totalitaire où tout esprit critique est gommé ou étouffé.

Celui-ci n’hésite pas à nier les faits et les évidences quand ils lui sont rappelés en bénéficiant de la complicité médiatique des serveurs de soupe et en ayant recours à tous les coups tordus possibles.

L’épisode THURAM est à ce sujet révélateur, puisque tout d’abord il nie, contre toute évidence, avoir tenu les déclarations que celui-ci lui impute avant de ressortir d’une de ses manches la caution Basile BOLI pour faire contre-feu. Cette omniprésence médiatique et cette volonté acharnée d’avoir réponse à tout et sur tout relèvent en effet d’une logique totalitaire, surtout quand elle est relayée sans la moindre distance critique par l’écrasante majorité des médias, qui par contre s’abstient d’aborder toute question gênante.

Que SARKOZY ait menti aux salariés d’EDF et aux français sur la privatisation de ce service public si essentiel pour la grande majorité des Français ne lui est ainsi jamais rappelé. Qu’il use et abuse des moyens de l’Etat en sa faveur, même pour récupérer le scooter de son fils ou fliquer ses concurrents n’amène pour autant aucun des grands médias, surtout audiovisuels à l’interroger sur la matière.

Les mêmes pourtant n’hésitent pas à le présenter comme le « meilleur ami » des travailleurs, alors que son programme est un copié-collé de celui du MEDEF, tant dans la fiscalité que dans la remise en cause des droits fondamentaux des salariés comme le droit de grève !

Faut-il alors poursuivre des polémiques aussi vaines que stériles contre une candidature clairement antilibérale et s’enfermer dans des postures politiciennes pour arriver à exister plutôt que de s’attaquer sans relâche à un projet politique éminemment dangereux pour la société française porté par des méthodes aussi détestables que condamnables ?

Allons-nous lui faire ce cadeau, je n’ose dire royal, et surtout désespérer tous ceux qui ont cru voir se lever le 29 mai l’espoir qu’une autre politique était possible ?

Consacrons donc plutôt toutes nos énergies à combattre ce matraquage plutôt qu’à cultiver et accentuer nos divergences !

Pedro DA NOBREGA

Membre du collectif de Nice/Magnan

Militant associatif et communiste



De : Pedro DA NOBREGA
dimanche 11 février 2007

http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=42653  [ Source ]



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